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3 utilisateurs inconnus

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 Sujet :

Larmes de glace

 
n°77
dwarfkeepe​r
Nain encombrant
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Posté le 21-07-2007 à 11:57:02  
answer
 

« Je refuse. »
 
Le doux bruit de la plume sur le parchemin cessa brusquement. Le regard fatigué du vieux prêtre se posa sur l’insolent.
 
« Je refuse. Nous ne pouvons faire cela ! »
 
La petite bibliothèque n’était éclairée que par quelques maigres bougies. Le foyer de la cheminée s’était depuis longtemps éteint, la voracité des flammes ayant consumé les dernières bûches, les dernières réserves du monastère. Au dehors, la tempête semblait redoubler de vigueur ; bourrasques et tourbillons de neige prenaient d’assaut les épais murs de pierre, s’amassant en congères impénétrables mais d’une blancheur immaculée. Les hurlements du vent pénétraient la vieille bâtisse par le moindre interstice, par la moindre faille. Les rares moines encore présents, transis de froid, harassés de fatigue et affamés, se dressaient face au père supérieur, incapables d’accepter la lourde décision de ce dernier.  
 
« Nous refusons tous de faire cela, mon père. »
 
Les hurlements du vent semblèrent s’amplifier, couvrant à peine les battements sourds et répétitifs. Comme un lointain appel. Comme une larme de détresse.
 
« Mes frères, je comprends votre désarroi. Mon cœur saigne lui aussi, mais ma tâche en cette vie est de protéger cette communauté. C’est la tâche que m’a transmise mon prédécesseur, et c’est celle qui échoira à mon successeur. »
 
La pâle lueur des bougies vacilla l’espace d’un instant, comme aspirée par la froideur de l’hiver et la tempête qui recouvrait ces malheureuses terres depuis de longues semaines.
La petite communauté, une poignée de moines dédiée à la méditation et à la prière, ne parvenait pas à accepter cette effroyable décision. Chaque visage était couvert de larmes, incapables qu’ils étaient de désobéir à cet ordre d’une cruauté inimaginable chez celui qui guidait leur recherche de la paix intérieure depuis tant d’années.
 
Le plus jeune homme de la salle, un novice présent au sein de la communauté depuis deux ans à peine, tomba à genoux. De lourds sanglots éclatèrent alors qu’il se mit à frapper le sol de ses poings, encore et encore, jusqu’à ce que les dalles glacées de la petite bibliothèque se recouvrent d’éclaboussures de sang. Deux des frères présents empêchèrent le jeune homme de se blesser plus avant, mais ses sanglots désespérés ne pouvaient être calmés.
 
« Ma décision est irrévocable. Nous ne pouvons nous permettre de mettre en péril cette demeure. Maintenant, retournez dans vos cellules, et priez. C’est tout ce que nous pouvons faire. »
 
Un concert de protestations inonda de nouveau la petite salle, avant d’être recouvert par les hurlements intraitables de la tempête. Les battements sourds se faisaient plus faibles et de plus en plus espacés.
 
« Mon père, par pitié ne faites pas cela. Faites preuve de miséricorde, faites preuve de cœur. Ne repoussez pas la mission qui est la notre sur cette terre. »
 
Les larmes inondaient le visage tordu de douleur du jeune novice ; ses frères à ses côtés, malgré leurs visages émaciés et la froideur de leur demeure, joignaient leur demande à celle du plus jeune d’entre eux.
Mais rien n’y fit. Malgré leurs suppliques, leurs prières et leurs pleurs, le père supérieur resta inflexible dans sa décision, et nul n’osa désobéir à son ordre. Si l’année avait été meilleure, si leurs réserves leur avaient permis de se nourrir d’autre chose que de racines, peut-être que cette scène n’aurait jamais eu lieu ?
 
Las, le temps était au malheur, et les plus faibles ne pouvaient plus compter sur la miséricorde de ceux qui avaient fais don de leur vie à une cause divine.
 
Les battements sourds s’espacèrent de plus en plus, jusqu’à  cesser au plus profond de la nuit, au plus fort de la tempête. Et ainsi finirent les suppliques d’une poignée de moines, qui n’ouvrirent pas les portes de leur demeure à une famille perdue dans la tempête, à un homme, son épouse et ses enfants, morts de froid sur une terre sacrée qui n’avait su remplir son office.


Message édité par dwarfkeeper le 21-07-2007 à 12:08:25
n°79
NerZul
Patriarche Sombre
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Posté le 23-07-2007 à 14:14:25  
answer
 

Pas mal comme texte, ça donne envie de pleurer, non plus sérieusement, toujours une rès bonne écriture


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