| dwarfkeeper Nain encombrant | Un hurlement strident. Une main ensanglantée. Un rideau de pluie qui s’écarte sur un corps. Un corps, sans vie. Un voile rouge. Un rictus de haine. Un hurlement strident.
Nobdaïev se réveilla en hurlant. Encore ce cauchemar. Encore et toujours les mêmes scènes qui revenaient inlassablement, nuits après nuits, assaillir l’homme pour le pousser au bord des abysses de la folie.
Nobdaïev laissa sa tête retomber sur l’oreiller poisseux de sueur. Sa respiration était encore haletante, et les derniers fantômes de son cauchemar ne s’étaient pas encore dissipés. Peut-être ne le feraient-ils jamais ? Sans quitter son lit, le nordique chercha de sa main une des nombreuses bouteilles traînant sur le sol ; l’une d’elles serait peut-être encore remplie, sinon… Nobdaïev ne se sentait pas le courage de se lever. Sa tête s’était remise à tourner violemment, et son estomac n’avait pas apprécié les brusques mouvements issus de son cauchemar.
Un fin trait de lumière passait au travers des volets mal faits de la chambre. Si tant est qu’un tel lieu ait pu recevoir un jour ce qualificatif. Un lit infesté de vermine, une table chargée d’immondices, des bouteilles vides et des verres renversés fournissaient le décor de cette petite pièce, qu’il avait loué pour quelques nuits au propriétaire du bouge. Un lieu exécrable, mais le seul que sa maigre bourse ait pu lui offrir, sans remettre en question ses précieuses dépenses de mort en bouteille. La seule dépense qui lui procurait à la fois plaisir et oubli. Surtout oubli.
Les bouteilles étaient vides. Désespérément vides. Le nordique ferma les yeux, espérant dès lors retrouver rapidement un sommeil sans rêve tant que le jour n’était pas encore complètement venu. Bien vite, il sentit les vapeurs d’alcool de la veille embrumer son esprit. Le vide l’attendait enfin. Bienfaiteur. Salutaire. Son estomac se tordit dans une crampe violente, et Nobdaïev n’eut que le réflexe de tourner sa tête avant de régurgiter ses ingestions de la veille. Encore et encore. A bout de souffle, le corps couvert d’une couche de sueur et d’impureté, le guerrier se mit à pleurer. Longuement. Très longuement.
Au bout d’un certain temps, épuisé, malade, l’homme sombra de nouveau dans le sommeil… Un hurlement strident. Une main ensanglantée…
* * *
« Tu pues. Même mon chien est plus présentable que toi. »
Vladkov regardait le guerrier avec dégoût. Le nez plissé, le regard sévère. Le vétéran n’éprouvait visiblement que répugnance pour le déchet humain qui se trouvait devant lui.
« Tu me fais perdre mon temps. Hors de ma vue, va donc te faire tuer ailleurs. »
Nobdaïev sentit le désespoir l’envahir. Sans ce travail, sa dernière chance, il ne pourrait pas acheter ce liquide qui lui procurait l’oubli. Le nordique s’avança, implorant.
« Donnez-moi une chance ! Une seule et unique chance ! Je suis fort, et je me bats bien ! Vous ne serez pas déçu ! - Tu peux être aussi fort que tu veux mendiant ! Comment peux-tu imaginer que des bourgeois puissent payer ne serait-ce que quelques pièces de bronze pour voir quelqu’un occire un pouilleux comme toi dans l’arène ? Ta place est à l’entrée de l’arène, à tendre la main et à attendre qu’on t’égorge pour te voler !
- Je vous en prie ! J’ai besoin de cet argent ! J’en ai vraiment besoin ! »
Vladkov était prêt à se retourner pour appeler les gardes. Le maître d’arme n’était pas réputé pour sa patience, et voir un individu tel que Nodbaïev le supplier de le prendre lui, alors que nombre de combattants au nom prestigieux étaient prêts à le rejoindre au moindre geste… L’assistant de Vladkov toussota dans son dos. Le maître d’arme se retourna, curieux de cette interruption.
« Qu’y a t’il Dimitri ? Ne me dis pas que tu veux que cet animal porte l’emblème de notre noble maison ?
- Loin de moi cette idée mon seigneur. Mais pour autant, nous avons une nouvelle recrue qui n’a pas encore été mise à l’épreuve. Nous devions le faire entrer dans l’arène d’entraînement, peut-être qu’un petit échauffement nous donnerait l’occasion de voir quelles sont ses capacités ? »
Vladkov regarda son assistant ; Dimitri l’accompagnait depuis des années, et ses avis avaient souvent été précieux pour le maître d’arme. Il hocha donc la tête.
« Deux pièces d’argent si tu te comportes bien. Et après, tu ne remettras plus jamais les pieds ici. »
Nobdaïev accpeta vigoureusement de la tête. Deux pièces d’argent, de quoi boire abondamment toute la semaine. * * *
Le soleil avait laissé place à de lourds nuages, alors que les vents du nord annonçant les premiers frimas s’étaient levés. L’arène d’entraînement était une petite structure, longue et large d’une trentaine de mètres. Cloisonnée par une palissade, on ne pouvait y accéder que par une grille gardée. Quelques spectateurs curieux s’étaient rassemblés sur les palissades pour voir le nouveau poulain de Vladkov rosser un crève-misère. Des cris d’encouragement, ironiques pour la plupart, hilares le plus souvent, soutenaient les pas de Nobdaïev en ce lieu. Armé d’un bouclier de bois et d’un grossier gourdin, il devait faire face à un colosse noir borgne, dont le rictus haineux fit regretter à Nobdaïev d’avoir accepté ce marché. Peut-être aurait-il mieux fallu suivre les conseils du maître d’arme, et d’aller mendier devant l’entrée des arènes, là où les plus grands combattaient pour l’or, le sang et la gloire ?
Le gourdin que portait le colosse devait bien faire deux fois la taille du sien. Bien qu’il fût un bon guerrier de son village, jadis, il n’était aujourd’hui qu’une loque humaine. La peur remplaça l’appréhension, puis des vagues de terreur se mirent à déferler en lui. Le nordique fit un pas en arrière, avant de jeter un regard vers la grille d’accès. Fermée. Ses jambes se mirent à trembler, et sa tête à tourner. Il avait envie de vomir, il avait envie de partir. Il avait envie d’oublier Vladkov, Dimitri, le géant noir. Jusqu’à sa propre existence. Et il avait envie de pleurer.
« Bats-toi ! Ou tu n’auras rien pour t’acheter à boire. »
La voix froide et implacable tomba sur Nobdaïev comme une chape de plomb. Les deux pièces d’argent. De quoi s’acheter beaucoup, beaucoup de vin. Le nordique fit un pas hésitant vers le colosse noir.
Le borgne explosa de rire, avant de parler dans un langage inconnu aux spectateurs avides de la correction à venir. Il désigna Nobdaïev du doigt, avant de jeter son gourdin et de faire craquer les os de ses mains. Puis il se jeta sur le nordique, poing levé.
Nobdaïev n’eut pas le temps de réagir, que le colosse lui écrasa son poing sur le visage, faisant exploser l’arête de son nez. Une pluie de coups s’abattit sur le visage et le torse du nordique, tous plus rapides et plus puissant que les autres. Du sang aspergea le visage du noir, dont les hurlements de rage et de mépris emplissaient la tête de Nobdaïev. Son nez n’était plus qu’un gouffre de souffrance, son crâne qu’un abîme de douleur. Le nordique sentit son esprit s’évader dans un endroit qu’il connaissait bien. Le vide. Le vide absolu. Celui qu’il appelait tous les jours du plus profond de son cœur meurtrit. Le vide de l’oubli.
Un uppercut fit voler Nobdaïev. Il perdit conscience.
* * *
Un hurlement strident. Une main ensanglantée. Un rideau de pluie qui s’écarte sur un corps. Un corps, sans vie. Un voile rouge. Un rictus de haine. Un hurlement strident.
* * *
Nobdaïev se réveilla en hurlant. Encore lui. Encore ce cauchemar. Le nordique vacilla, sa vue recouverte par le voile rouge de la douleur. Quelque chose avait changé. La douleur qui assaillait son crâne n’était pas dû cette fois-ci aux ravages de l’alcool, mais bien à ceux qu’un colosse noir avait perpétré sur son corps. Nobdaïev, au pris d’immenses efforts, tâta son visage pour voir ce qui était cassé et ce qui pouvait peut-être être sauvé. Peut-être.
Des bandages ? Malgré les vagues de douleur qui déferlaient en lui, le nordique se rendit compte que son visage était couvert de bandages. Ca, et il se sentait propre. Comme il ne l’avait jamais été depuis des années ! Son corps avait été lavé, son visage soigné et… et il avait soif. Il avait soif d’alcool, une soif comme il n’en avait plus connu depuis longtemps. Il voulut parler, mais seuls quelques grognements pâteux parvinrent à franchir ses lèvres. Une rapide inspection avec sa langue gonflée et douloureuse lui confirma que quelques dents de plus avaient été brisées par le noir. L’adition devenait de plus en plus lourde. « Tu es réveillé. » Pas une question. Une affirmation.
« Maître Vladkov a été surpris de tes prestations hier. »
Nobdaïev tourna la tête vers la voix. Le vertige se saisit de lui, et il mit quelques secondes à récupérer son calme et autant de clarté d’esprit que possible.
« Il a décidé de t ‘accorder la chance que tu as demandé. Il t’a fait raser, soigner, laver, et par Gründ, plusieurs savons n’y ont pas suffit. »
Une ombre était assise sur un lit, juste à côté de lui. Le visage anguleux, la voix posée. Dimitri, l’assistant de Vladkov.
« Dès que tu seras sur pieds, tu commenceras un entraînement. A base de sueur, d’effort, et sans une goutte d’alcool. Si tu manques à la discipline de l’entraînement, ou si tu manques à tes devoirs envers maître Vladkov, je me chargerai personnellement de ton avenir dans la rue. Au fond de la plus immonde ruelle, à devoir vendre ton corps aux malades qui peuplent cette cité. Tu as bien compris les règles. »
Pas une question. Encore une affirmation.
« Tu dois te poser de nombreuses questions, et j’y répondrais plus tard. Sache juste une chose : je ne sais pas ce qui as fait de toi l’être que tu es. Je ne sais pas qui tu as perdu, qui tu as tué, ou quel serment tu as bafoué. De cela je m’en moques. »
Dimitri se leva du lit où il s’était assis. Derrière lui, un corps était allongé.
« Une seule chose importe : ni moi ni Vladkov n’avions vu auparavant un berserker. »
L’assitant du maître d’arme désigna du doigt le corps allongé, recouvert d’un linceul blanc. Une main noire crispée dépassait de sous la couverture mortuaire, une main noire que Nobdaïev reconnu immédiatement.
« Lui non plus, d’ailleurs… »
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NerZul Patriarche Sombre | Pas mal du tout, assez fort quand même toujours avec une très bonne chute, ça me fait un peu penser à un episode de l'anime "Monster", je ne sais pas si tu connais, où un homme a, à la sutie d'expériences une deuxième personnalité qui se manifeste quand il devient en colère ( Super Steiner je crois ), et ton récit me fait un peu penser à ça, " le mec qui ne sais pas ce qui c'est passé, mais qui a rossé un gars bien plus balèze que lui, à mains nues ( dans l'anime, l'homme tue des gars armés de mitraillettes, c'est très impressionant ), donc chapeau pour ce travail.
Une petite question, simple que peut être d'autres personnes se posent, tu mets combien de temps pour rédiger un texte comme celui ci, une bonne semaine à raison de plusieurs heures par jours ? ( parce que j'écris aussi beaucoup alors je demande comme ça ) |
dwarfkeeper Nain encombrant | Monster? non, je ne connais pas ce manga. Il faudrait que j'y jette un oeil, histoire d'y piocher une ou deux idées.
Quand au délai de rédaction de celui-ci... Une heure et demie, dans la nuit d'un mardi à un mercredi. Etre frappé d'insomnies n'a pas que des mauvais côtés.^^
Dwarf |
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